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[Côte d’Ivoire Municipales 2018] Assalé Tiémoko (candidat indépendant): « J’incarne le changement radical à Tiassalé »

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« Avec de l'imagination, avec des partenariats stratégiques (public-privé), du leadership, mais aussi et surtout de la crédibilité, on peut faire des miracles. »

Dans le cadre de son « Élection tour », Fernand Dedeh donne la parole aujourd’hui à Assalé Tiémoko, candidat indépendant aux municipales à Tiassalé. Le patron de l’hebdomadaire l’Eléphant déchaîné, ne laisse personne indifférent, tant en Côte d’Ivoire, qu’à l’extérieur. Considéré comme un fort en gueule, une poche de moralité dans la presse ivoirienne, un militant actif contre la corruption et les injustices par les uns, accusés par les autres d’être au contraire un « flingueur » au service des « officines », les plus méchants le décrivent même comme « un enquêteur de salon », le journaliste a décidé de passer des dénonciations à la gestion pratique. Il veut devenir maire dans sa ville d’origine, Tiassalé, à une centaine de kilomètres au Nord d’Abidjan, pour donner un sens à la maxime « Le vrai maçon, on l’apprécie au pied du mur. » Interview.

Qu’est-ce qui fait courir Antoine Assalé à Tiassalé?

« Je veux récupérer l’outil de développement local qu’est la mairie, pour agir plus directement et plus efficacement. »

Depuis 2013, je suis très impliqué dans le développement local et dans les œuvres sociales et culturelles. Au départ cela n’avait aucun lien avec une quelconque ambition politique, je voulais juste participer à l’amélioration des conditions de vie des populations de mon village, de ma sous-préfecture de Morokro, département de Tiassale. Puis, à force de parcourir les villages et campements, j’ai réalisé que les populations vivaient dans des conditions intolérables et que l’amélioration de ces conditions nécessitait parfois d’avoir l’outil de décision politique en mains.

J’ai d’abord voulu aller au parlement pour défendre leur cause, une sorte de prolongement de mon travail de journaliste. Je tiens toujours à aller au parlement. Le premier essai n’a pas été concluant, j’ai perdu de justesse, à peine 16 voix de différence dans les faits, entre moi et le vainqueur. Ce résultat m’a motivé, m’a permis de comprendre que mon message, mon langage de vérité, passait auprès des populations. Et j’ai continué à travailler sur le terrain après cette défaite.

Mais en attendant les prochaines législatives de 2020, il y a les municipales de 2018. J’ai décidé donc d’y aller, de récupérer l’outil de développement local qu’est la mairie, pour agir plus directement et plus efficacement.

Le journaliste veut-il passer de l’autre côté de la vie en société pour expérimenter sur le terrain, les réalités de la gestion communautaire?

Je ne pense pas radicalement passer de l’autre côté. Je n’ai, pour le moment, aucune envie d’abandonner le journalisme. J’entends effectivement expérimenter les réalités de la gestion communautaire, mais surtout me mettre au service des populations, défendre leur cause.

Je suis chaque fois révolté de constater en parcourant les villages, que 58 ans après l’indépendance, les populations, par endroits, n’ont même pas le minimum (eau potable, électricité, école, centre de santé, accès à la télé, à la radio…). Impossible pour quelqu’un comme moi, de rester indifférent devant cette situation.

D’où est partie l’idée de faire le saut, de passer de l’observateur critique au gestionnaire de la cité?

Le saut s’est produit un samedi du mois de juillet 2014, quand, en partance pour le village, j’ai croisé un homme qui transportait à vélo sa femme enceinte en plein travail et qui perdait énormément de sang. Cette femme est décédée sous mes yeux quelques minutes plus tard après que je l’eusse transportée dans ma voiture, à l’hôpital. Cet événement m’a profondément choqué.

Depuis, j’ai décidé de m’engager et de faire en sorte que ce genre de drame ne se produise plus. Depuis août 2014, soit un mois après ce drame, j’ai pu, en faisant du lobbying, doter le village d’une ambulance médicalisée et aucune femme n’est décédée parce qu’il n’y avait pas de moyen de transport décent pour la conduire à la maternité le moment venu.

L’expérience de la gestion d’un journal suffit-elle pour appréhender les réalités d’une cité? Ou l’aura du journaliste suffit-elle pour basculer l’opinion de son côté dans une élection?

Il n’y a, de mon point de vue, aucune commune mesure entre la gestion d’un journal et les réalités d’une cité. Il s’agit de deux mondes différents. Et l’aura du journaliste ne suffit pas pour basculer l’opinion. Sans doute, le fait que je sois le patron de l’éléphant déchaîné m’aide un peu auprès des intellectuels, mais la majorité de la population dans nos cités locales ne sait pas lire et ignore tout de mon statut et de mon travail de journaliste.

Ce qui fait vraiment la différence sur le terrain, ce sont les actes qu’on pose sur le terrain, le lobbying qu’on fait pour apporter des solutions aux problèmes des populations, la proximité avec ces populations, etc.

En Côte d’Ivoire, tout le monde ou presque parle d’une presse sinistrée, des journalistes plutôt mal logés au niveau des salaires, la plupart tirent selon plusieurs observateurs, le diable par la queue. Assalé Tiémoko est une exception? D’où tirent-ils les moyens pour faire face à la machine lourde, d’une élection communale?

D’où Assale Tiemoko tire-t-il les ressources qui lui permettent de participer aux élections? Suis-je une exception dans un milieu de la presse économiquement sinistré ? Non, je ne suis pas une exception. Je suis logé à la même enseigne que tous les patrons de presse. Les moyens qui sont en réalité très maigres, proviennent de mes activités commerciales, d’activités de conseils, de certains partenaires en développement durable, de relations personnelles.

Mais au-delà de tout ça, ce qui me permet vraiment de continuer, c’est la chance que j’aie d’avoir plus de 200 jeunes gens à mes côtés qui travaillent bénévolement au Centre de Rencontre et d’écoute Assale Tiemoko de Tiassale (CREAT), que j’ai créé depuis octobre 2016. Ce sont eux, les vrais héros, ce sont eux qui me permettent par leur engagement, de continuer et d’être efficace. C’est une grande chance et c’est ce qui fait vraiment la différence.

Quels sont les besoins clairement identifiés aujourd’hui à Tiassalé qui fondent l’ambition de Assalé Tiémoko?

« Il est impossible d’énumérer la totalité des besoins dans un contexte où les populations n’ont même pas le minimum dans les zones rurales. »

Il est impossible d’énumérer la totalité des besoins dans un contexte où les populations n’ont même pas le minimum dans les zones rurales. Au niveau communal, il y a surtout, pour une ville comme Tiassalé, la question de l’insalubrité, de l’assainissement, de l’insécurité et de l’éducation.

Au-delà, c’est surtout la façon même de faire la politique que je veux changer. Je vois beaucoup de politiciens, je ne vois pas beaucoup de politiques, au sens d’hommes d’actions, de vrais leaders capables d’empathie et capables de se mettre au service exclusif des populations.

Qu’est-ce que Assalé Tiémoko reproche fondamentalement à la gestion de ses prédécesseurs? Comment compte-t-il relever les nombreux défis qui ne manquent pas?

À mes prédécesseurs, je reproche fondamentalement d’avoir utilisé, 50 ans durant, pour la plupart, la politique pour se réaliser personnellement, d’avoir exploité l’ignorance des populations pour les abuser et les laisser à leur triste sort, de n’avoir pas eu la volonté de faire le minimum (un cadre vie sain, une cité bien construite, de l’eau potable, des centres de santé, etc).

Pour relever les défis, j’entends remettre les populations au cœur des préoccupations de la mairie, j’entends commencer par la base: le cadre de vie. Lutter contre le désordre et l’anarchie et dépenser chaque pièce d’argent pour atteindre un objectif précis.

On ne peut pas faire grande chose avec les maigres ressources des collectivités dans un contexte où la décentralisation est restée au stade des discours, pour ne pas dire qu’elle est une arnaque. Mais avec de l’imagination, avec des partenariats stratégiques (public-privé), du leadership mais aussi et surtout de la crédibilité, on peut faire des miracles. J’entends mettre tout cela au service des populations.

La seconde tentative à une élection à Tiassalé pourrait être la bonne? Quelles sont les premières impressions après l’ouverture officielle de la campagne? Le message porté sur le terrain est-il favorablement accueilli? Le candidat est satisfait des conditions d’organisation? On peut s’attendre à une élection transparente et équitable?

La première tentative, c’était aux législatives. Je suis arrivé 2e et j’aurais sans doute largement gagné devant quatre autres adversaires sans le phénomène de la transhumance active assise sur la corruption des électeurs. Les gens sont tellement discrédités sur le terrain que la solution qu’ils ont trouvée pour s’imposer à une population qui ne veut plus les sentir, ils mobilisent des millions pour importer des électeurs appelés électeurs hors zone. J’ai pour slogan, la pensée de Mandela: « Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends. »

La première tentative pour la mairie sera sans doute concluante. L’impression que j’aie après l’ouverture de la campagne est que les candidats ne font plus rêver les populations, qu’il y a une grande lassitude devant la qualité de l’offre politique. Par conséquent la volonté de changement radical est très forte. Et humblement, à Tiassalé, je pense incarner ce changement radical.

Entretien réalisé par Fernand Dedeh

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