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[Interview exclusive] Depuis Paris, le président de l’Anaproci, Seri Gervais sans détour

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"Je n’ai pas fui la Côte d’Ivoire, encore moins une sanction pénale ne pèse contre moi, qui me priverais de mes droits."

-« Je n’ai jamais été informé de l’organisation d’une assemblée générale »

Après l’élection de Kanga Koffi le 28 février 2018 comme nouveau président de l’Association nationale des producteurs de café-cacao de Côte d’Ivoire (Anaproci), Koné Kagnitié, le premier vice-président du bureau intérimaire de cette association, est monté au créneau pour dénoncer cette imposture au cours d’une conférence presse le jeudi 8 mars à Abidjan.

Pour lever un coin du voile sur cette assemblée générale dite mixte, nous avons joint au téléphone le président statutaire de l’Anaproci, M. Seri Gervais qui se trouve à Paris depuis le 1er avril 2017 pour raisons de santé. Dans cet entretien, il accuse son intérimaire, le premier vice-président Diallo Daouda Augustin d’être l’auteur ‘’d’un coup d’État’’. « Je ne reconnais  pas Kanga Koffi.»

Depuis quand êtes-vous en Europe?

Merci beaucoup pour l’opportunité que vous me donnez. Avant tout propos, je voudrais que vous me permettiez d’adresser mes remerciements à une dame qui a grand cœur, l’ex-directrice générale du Conseil Café-cacao, Mme Touré Massandjé Litsé. Que Dieu la bénisse ainsi que sa famille. Revenant à votre question, je suis arrivé à Paris depuis le 1er avril 2017 pour des soins.

Êtes-vous resté en contact avec celui qui assume votre intérim, M. Diallo ?

« Qu’il comprenne que ce n’est pas une plantation de son père qu’il peut hériter à tout moment. Ce n’est pas possible. »

Non, nous n’étions plus en contact. Quand je quittais la Côte d’Ivoire, monsieur Diallo Daouda était le 1er vice-président et le deuxième vice-président était Koné Kagnitié. Avant mon déplacement, c’est au 1er vice-président que j’ai confié les rênes de l’organisation. Je veux dire l’intérim du bureau de l’Anaproci.

Y-t-il eu un document qui atteste que vous lui avez confié l’intérim de l’Anaproci?

Effectivement, il y a eu un document signé dont l’avocat de l’Anaproci, Me Charles Kinima détient copie. Avant mon départ, une copie a également été remise à M. Diallo Daouda. Notre seul contact avec le 1er vice-président depuis que je suis en France remonte au jour où j’ai appris le décès de sa mère. Je l’ai alors appelé pour lui souhaiter mes condoléances.

Depuis le 28 février 2018, votre 1er vice-président a mis fin à votre mandant en mettant fin à son intérim, à l’issue d’une assemblée générale. Êtes-vous informé par votre intérimaire? Là-dessus, nous précisons que le nouveau président de l’Anaproci s’appelle Kanga Koffi…

Je suis très heureux que vous me posiez cette question, d’autant qu’elle me permet de revenir sur les conditions dans lesquelles j’ai confié l’intérim de l’association à M. Diallo Daouda. Dès lors qu’il s’est senti incapable de la diriger, il aurait pu prendre la peine de m’informer par écrit. Cela aurait donné l’occasion au deuxième vice-président d’assurer l’intérim. Il n’a pas le droit de convoquer une assemblée générale sans ma caution. Je n’ai pas fui la Côte d’Ivoire, encore moins une sanction pénale ne pèse contre moi, qui me priverais de mes droits. Je suis simplement venu me faire soigner en France. Je n’ai jamais été informé d’une quelconque assemblée générale qui mettrait fin à mon mandant. Concernant M. Kanga Koffi, je voudrais vous indiquer qu’il n’a pas le droit à ce poste parce qu’il ne remplit même pas les conditions.

Quelles sont donc les conditions à remplir pour être éligible à ce poste ?

Ce que l’opinion ignore, c’est que les élections ont été organisées par l’Etat de Côte d’Ivoire. Et c’est par décret que les délégués ont été élus. C’est un décret qui a été pris par le président Guéi Robert. C’est sous son mandat que les élections des délégués ont été organisées. Quant à moi, Seri Gervais, j’ai été élu délégué départemental et régional de la région du Fromager qui est devenue Gôh aujourd’hui. Le père de Kanga Koffi, Yoman Kanga, était délégué départemental de Mankono. Vous comprenez qu’il n’est pas délégué élu. Donc il ne peut prétendre à la place de son père pour, ensuite, se faire élire président. Il y a des délégués régionaux et non des moindres qui sont décédés comme son père. Mais à aucun moment, ils n’ont eu la prétention de remplacer leur père. Qu’il comprenne que ce n’est pas une plantation de son père qu’il peut hériter à tout moment. Ce n’est pas possible. Dans le cas d’espèce, ils étaient cinq dans leur zone, avant le décès de son père. Si son père n’est plus de ce monde, les quatre autres s’organisent pour choisir un régional. Ensuite, le bureau de l’Anaproci est saisi en vue de l’organisation d’élection pour remplacer le défunt délégué. Il n’appartient pas à Kanga Koffi de venir s’asseoir à la place de son père.

À vous écouter, les textes de l’association ont été violés sur toute la ligne…

Bien entendu, tout a été violé. Ce qui n’est pas normal. Et tenez-vous bien, cette assemblée générale qui a porté le sieur Kanga Koffi au pouvoir s’est tenue au domicile d’un délégué de l’Anaproci, en dehors d’un lieu neutre. Ce qui est un cas flagrant de l’intention de ceux qui ont l’ont organisée.

Avant que vous ne preniez distance de l’association du fait de votre maladie, l’Anaproci comptait-elle combien de délégués reconnus par l’Etat de Côte d’Ivoire ?

Nous étions 250 délégués départementaux, à l’issue des élections qui avaient eu lieu suite au décret et 32 délégués régionaux. 10 délégués nationaux sont sortis de ce lot, dont moi-même. Les 10 se sont retirés pour élire le président. A cette époque Tapé Doh et Henri Amouzou étaient candidats. Par consensus, le choix a été porté sur Amouzou.

Revenons sur l’éligibilité à la tête de l’Anaproci. Qui peut être éligible ?

Comprenez qu’on ne peut pas prendre quelqu’un qui est coopté pour diriger l’Anaproci. L’Anaproci a une assemblée générale. Ceux qui sont les membres statutaires sont ceux qui étaient à l’Assemblée générale constitutive. Ils ne peuvent pas être écartés au profit de nouvelles personnes. Concernant l’information que j’ai eue, toute la zone partant d’Adzopé à Alépé, en passant par Akoupé n’a pas participé à cette mascarade d’Assemblée générale. On ne pas se limiter seulement à la zone d’Abengourou pour parler d’Anaproci. Et nous dit qu’ils ont été choisis par Amouzou. Ce n’est pas vrai parce que celui-ci n’avait pas ce droit. Mieux, il n’était plus président de l’organisation, d’autant qu’après son séjour en prison, il avait été privé de ses droits civiques. Voilà comment le consensus s’est opéré sur ma personne. Nous avons organisé l’AG le 30 septembre 2010. De cette date jusqu’en 2016, nous sommes restés devant la justice parce que M. Boti Bi Zoua avait accaparé la structure. Nous n’avons pas véritablement eu le temps de travailler au profit des producteurs et des délégués.

Il y a eu donc un coup d’Etat à la tête de l’Anaproci …

Effectivement, il y a eu un coup d’Etat. Et pourtant, pour être éligible, il faut être un membre statutaire. J’aurais pu confier l’intérim de l’association à mon enfant, mais je ne l’ai pas fait. Il n’y aurait pas droit. C’est pourquoi mon choix s’est porté sur le 1er vice-président. Ce qui m’écœure dans cette affaire c’est que les gens jouent avec la mémoire d’Henri Amouzou. Sous son mandat, j’ai été secrétaire général de l’Anaproci pendant 7 ans. En ce temps-là, le président ne se confiait qu’à ses vice-présidents. Quand j’apprends aujourd’hui que Kanga Koffi indique qu’Amouzou lui aurait confié des dossiers importants concernant les structures rattachées et la cache d’argent, je tombe des nues. Y-avait-il une cache d’argent et les gens sont allés en prison ? Ce n’est pas sérieux.

Vous ne reconnaissez donc pas l’Assemblée générale qui a porté Kanga Koffi à la tête de l’Anaproci ?

Pas du tout. J’attends que M. Diallo Daouda me notifie par écrit sa démission de l’intérim qui lui avait été confié avant mon départ en France. Qu’ils arrêtent de se cacher derrière le président Bédié qui est comme le père de tout le monde aujourd’hui. Quand le décret a été pris le général Robert Guéi, le ministre Timité et Patrick Achi alors à la primature chargé des matières premières auprès de la Primature ont mené des tournées d’explication à travers tout le territoire national. Cela pour vous dire que les élections ont été organisées par l’administration. À notre élection, nous étions désignés comme représentation nationale des délégués. Juridiquement, cela ne voulait rien dire. Il fallait créer une association de producteurs. Voilà comment en avril 2001 nous avons organisé l’assemblée générale constitutive à Yamoussoukro. Le mandat de la représentation nationale des délégués est juste d’un an. Il fallait créer une organisation pour contourner la date. C’est comme ça que l’Anaproci a été portée sur les fonts baptismaux. Sous la RND, j’étais secrétaire général adjoint. C’est après que je suis devenu secrétaire général de l’Anaproci jusqu’à ce que j’en sois élu président. L’autre point que je vais ajouter, c’est que M. Diallo sera traduit en justice où il répondra de ses actes.

Sous quel motif allez-vous le traduire devant la justice ?

Pour trahison d’autant plus que je lui ai confié l’Anaproci. S’il n’en pouvait plus il n’avait qu’à me le signifier. Le 2e vice-président allait poursuivre l’intérim. Mais rien de tout cela, il prend le soin d’organiser une assemblée générale élective en modifiant les textes de l’organisation. Ce sont des faits graves. J’ai même demandé à notre avocat d’engager la procédure contre lui.

Réalisée au téléphone par Sériba Koné

 

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