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[Réédition de l’interview vérité de Nanan Kanga Assoumou] « Affaire deux rois à Grand-Bassam»: «Je demeure le seul roi »

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Sa Majesté, Nanan Kanga Assoumou

Cette interview publiée sur Atelier des Médias le 19 mars 2012, à 0:35 est encore d’actualité. Lors de notre récent passage à la Cour royale de Grand-Bassam, six ans plus tard, (le mardi 3 avril 2018) Sa Majesté, Nanan Kangah Assoumou en a toujours gros sur le cœur. Nous vous proposons l’intégralité de l’interview et sa déclaration récente. 

Sa Majesté, Nanan Kangah Assoumou révèle:

« Je demeure le seul roi de Grand-Bassam »

Sa Majesté le roi de Grand-Bassam, Nanan Kanga Assoumou est amer et très remonté contre ceux qui véhiculent dans la presse et les médias qu’il y a deux rois à Grand-Bassam et que les N’zimas sont propriétaires terriens. Dans cette interview, sans faux-fuyant, il donne sa part de vérité et coupe court : « Le peuple Abouré est chef de terre de Grand-Bassam. Et je demeure bel et bien le seul roi ». Lisez plutôt…

Nanan, comment se porte la Cour royale de Grand-Bassam ?

La Cour royale et le Palais se portent très bien. La seule mauvaise nouvelle qui réunit tout le monde en ce moment, à Grand-Bassam, c’est la disparition du député-maire, Jean-Michel Moulod (Ndlr : décédé par noyade le samedi 15 octobre 2011).

Depuis un certain temps, Grand-Bassam c’est aussi deux rois pour un royaume…

Il n’y a pas deux rois à Grand-Bassam. Dans l’arrêté préfectoral qui a été remis à Désiré Amon Tanoé, il est écrit : « Monsieur Tanoé, chef du quartier France, en remplacement d’Aka Marcel décédé». Après la mort d’Aka Marcel, on cherchait un N’zima pour le remplacer et le choix avait été porté sur le professeur Angaté, mais, au dernier moment, les manigances ont fait que Tanoé a été retenu comme chef. Retenez que le seul royaume des N’Zima, c’est le royaume Adouvlê de Tiapoum. Quand il s’est agi d’introniser un chef N’Zima, je dis bien d’introniser un chef N’Zima du quartier France et non un roi, et que les N’Zima sont allés voir le roi de Tiapoum avec de la liqueur, comme cela se fait chez nous, il a donné son accord. Ne devient pas roi qui veut.

Qui des Abouré et des N’Zima sont les propriétaires terriens de Grand-Bassam ?

Pour cette question, après les intempestives déclarations de Tanoh Désiré et son groupe, une enquête a été menée par un groupe de cinq personnes dont quatre préfets, tous conseillers du président Laurent Gbagbo. Notamment, l’ex-préfet d’Abidjan, Sam Etiassé, ainsi que ses pairs N’Dabian Ebi, Al Moustapha et monsieur Bailly Zogbo. Seul Georges Taï Benson qui est N’zima, n’était pas préfet mais membre du cabinet de l’ex-première dame. Trois sur les cinq sont N’zimas. C’est eux qui ont été mandatés par Mme Simone Ehivet. Les résultats de cette enquête n’ont jamais été publiés par l’ex-première dame, initiatrice de cette enquête. Mais, moi je dis que si l’enquête révèle que nous, les Abourés, ne sommes pas les premiers arrivés ici à Grand-Bassam et que nous sommes les derniers, je suis prêt à m’incliner. Vous savez, un jour, alors que je m’y attendais le moins, le groupe d’enquêteurs est arrivé ici, au Palais royal, pour me dire que l’enquête me donne raison avec comme porte parole George Taï Benson.

Quand les enquêtes ont-elles commencé ?

Les enquêtes dont je parlais tantôt ont démarré en 2006. Il faut préciser que les enquêteurs se sont rendus dans tous les villages voisins de Grand-Bassam, même chez nos frères Ébriés  de Petit-Bassam. Pour la cérémonie de restitution des résultats de l’enquête, Mme Simone Gbagbo a fait convoquer tous les témoins, les chefs des villages de Vitré 1 et 2 et leurs cadres, le roi de Bonoua, sa notabilité et ses cadres, celui de Moossou, sa notabilité et ses cadres et bien  d’autres. Tous les chefs de terre d’Agboville ont été convoqués à l’hôtel Mont-Blanc où se déroulait la cérémonie. Les cadres Abourés et N’Zimas étaient présents pour arrêter quelque chose définitivement de sorte qu’à l’avenir, on ne parle plus de qui est premier ou deuxième.

Les travaux se sont tenus de 10 h à 4h du matin. Et Amon Tanoé a tout remis en cause. Tous les N’Zimas présents étaient déçus du comportement de leur chef. Sam Etiassé, le préfet d’Abidjan d’alors, avait demandé au préfet de Grand-Bassam de prendre un arrêté pour destituer  Désiré Amon Tanoé.

Pourquoi cela n’a-t-il a été le cas? 

Ecoutez, j’ai appelé le préfet qui m’a dit qu’il fallait que les décisions viennent de ses supérieurs. Nous avons appris plus tard que c’était l’ex-première dame, Simone Ehivet Gbagbo qui donnait les ordres et cela est compréhensible car, selon elle, la publication de ces résultats compromettraient l’électorat de son époux.

Nanan, avez-vous demandé les résultats de l’enquête en question à Mme  Simone Ehivet ?

Oui, je suis allé voir ma sœur pour les lui demander. Mais, déjà à Agboville, les N’Zimas ont juré d’aller chercher les preuves de ce qui leur donne raison, à Nantes (France). C’était en 2009 et jusqu’en 2011, nous attendons toujours ces papiers qui doivent venir de Nantes. Entre temps, quand cela mettait du temps, je suis allé voir Simone Ehivet pour lui dire : « Les Abourés sont prêts à payer le billet d’avion des N’Zima qui voudraient se rendre à Nantes pour apporter les preuves que tout le peuple bassamois attend.» Une autre fois, je suis allé la voir pour me remettre les résultats de l’enquête et elle a ordonné à sa secrétaire, Djébri Georgette, d’en faire des photocopies pour me les transmettre. Je n’ai jamais reçu ces photocopies. La toute dernière fois que je suis allé la voir, elle m’a tourné en bourrique, consciente que si j’avais ce document, j’allais faire une conférence de presse ; il fallait donc me rouler.

Quelle explication donnez-vous des remous chez le député-maire qui a été inhumé hier, samedi 5 novembre 2011 ?

Tout simplement parce que Jean-Michel Moulod n’est pas N’Zima, c’est tout. Je trouve cela méchant. Avec toutes les réalisations qu’il a faites à Grand-Bassam les gens sont venus des quatre coins du monde à la recherche de son corps quand ils ont appris la nouvelle de sa disparition par noyade, le 15 octobre 2011. Nos frères N’Zima n’ont jamais mis les pieds chez lui.

Concrètement, qu’est-ce qui se passe entre Abouré et N’Zima à Grand-Bassam au point d’en arriver là ?

La personnalité la mieux placée pour vous le dire, c’est le préfet de Grand-Bassam parce qu’il est le représentant du président de la République. Mais, ce que je puis vous dire, c’est que tous ces problèmes sont liés à la terre. Moi, j’ai des documents qui attestent que le peuple Abouré est le premier à être arrivé à Grand-Bassam. À l’époque, les parents, qui étaient pêcheurs, avaient offert l’hospitalité aux N’Zimas et leur avaient donné des portions de terre. Dans les contrats, il est écrit que si jamais vous mourrez, la plantation revient au propriétaire terrien. Vous faites les récoltes trois ou quatre fois dans l’année. La première récolte revient au propriétaire pour pouvoir entretenir la cour royale. C’est ce témoignage de l’histoire qu’il faut prendre en compte pour comprendre les relations entre N’Zima et Abouré.

Quelles sont les relations qui vous lient à ce jour aux autres rois et, particulièrement, à  celui du peuple N’zima de Grand-Bassam ?

L’erreur est humaine comme on le dit, mais la rectifier à temps n’est que justice. Je précise qu’il n’y a pas de roi des N’Zima de Grand-Bassam. Le peuple N’zima de Grand-Bassam n’a que des chefs comme les autres communautés ethniques vivant sur le sol de nos ancêtres. Ainsi, le quartier France de Grand-Bassam est habité, en dehors des N’zimas, par des Abourés, des Fantis (peuple vivant de la pêche) et d’autres. Le chef Aka Marcel (paix à son âme) a été installé avec la bénédiction du roi des Abouré de l’époque et n’a jamais revendiqué un quelconque royaume. Ce grand homme a vécu en bonne intelligence avec ses tuteurs que nous sommes. Il y a des N’zimas partout en Côte d’Ivoire. Comme, selon l’un de leurs cadres, ils ont « besoin de repère ». Ainsi, il souhaite que je leur accorde cette opportunité. Je leur ai toujours dit de se rendre à Tiapoum.

Pourquoi ?

Ecoutez ! Quelqu’un qui a été intronisé chef de quartier France, se proclame en moins de six mois, chef du quartier, chef des N’zima, chef superieur des N’Zima de Côte d’Ivoire, roi des N’zimas Kototo, puis roi de Grand-Bassam. Nous sommes dans un État de droit quand même! Pour répondre à votre interrogation, je m’entends très bien avec les rois du Sanwi, Bonoua, des N’zima (Tiapoum) pour ce qui est du Sud Comoé.

Que devient le projet de réalisation du stade de Grand-Bassam ?

Je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est que le peuple Abouré sollicité par l’entrepreneur, après enquête quand les engins tombaient en panne, il ne lui a pas été possible de faire ce qu’il fallait car, empêché par des gens qui ne veulent pas la construction de ce stade.

Sa Majesté, soyez plus explicite…

Des gens du quartier France se réclamant propriétaires terriens ont convoyé des jeunes sur les lieux. La suite a été mauvaise et l’entrepreneur s’est retiré. En 2009, la preuve de leur titre de propriétaires se trouverait, selon eux, à Nantes (France). Aujourd’hui, ça se trouverait à Dakar, ne désespérons pas, ça se rapproche de nous, le Sénégal est à coté, mais cela va-t-il durer combien de temps?

Le préfet entend organiser une messe œcuménique. Nous attendons de voir. Tout mon souhait, c’est que le stade ADO soit construit car c’est un chantier pourvoyeur d’emplois pour notre jeunesse. Le président Alassane Ouattara est un homme de parole et non un homme qui s’arrête aux promesses. Le peuple Abouré, propriétaire terrien, lui fait entièrement confiance. Quand on clame sur tous les toits qu’on est propriétaire terrien, on ne récolte pas certains éléments sur les corps de nos morts pour faire les funérailles au Ghana. Les Abourés n’ont jamais demandé un ordre de mission à la préfecture pour se rendre au Ghana pour une quelconque cérémonie. Il faut mettre fin à tout cela.

À vous écouter, vous en avez gros sur le cœur. Qu’est-ce que vous attendez des nouvelles autorités?

Nous attendons des autorités qu’elles prennent leur responsabilité. Je ne comprends pas qu’on veuille créer un royaume au 21eme siècle à Grand-Bassam. Et cela vient de quelqu’un comme Désiré Amon Tanoé qui m’a sollicité pour avoir ma bénédiction et celle des ancêtres en tant que propriétaire terrien en me confiant sa candidature aux législatives passées, et aujourd’hui tenir un autre langage. Je rends hommage au président, Alassane Ouattara qui reste rattaché à la tradition. Il l’a prouvé à son investiture avec la libation faite par le peuple autochtone de Yamoussoukro que le monde entier a suivie avec beaucoup d’attention. Si cette cérémonie avait lieu à Grand-Bassam, les N’zimas seraient sortis de la salle ou alors il n’y aurait pas eu de libation avec la complicité de l’administration. Voyez-vous, je n’ai jamais cherché à faire la libation quand, par exemple les N’zimas, pour garder les liens avec leurs origines, célèbrent l’Abissa après les sept cités N’zima du Ghana. Ici, à Grand-Bassam, c’est le peuple Abouré qui a de tout temps été sollicité pour la libation. Mais depuis 2000, après l’échec lamentable d’Amon Désiré Tanoé aux législatives et son auto proclamation comme roi, les politiques vont vers leurs intérêts. Je fais confiance aux nouvelles autorités qui savent où est la vérité. Il y a aussi les enquêtes récentes menées par les préfets N’dabian Eby, Sam Etiassé, Bailly Zogbo, Koné Al Moustapha et Georges Taï Benson ainsi que les résolutions de la concertation d’Agboville qu’Amon Désiré Tanoé n’a jamais voulu parapher qui sont disponibles. Des cadres N’zimas comme Anthony Kangah, Ezan Akélé, Henri Porquet, Adou Kouamé, Roger Gnohan M’balla étaient présents à Agboville. Ils sont donc des références ainsi le président du collectif des chefs Abbeys, nanan Yapo Yapi Charles, auprès de qui tout peut être vérifié concernant la rencontre d’Agboville.

Je n’ai aucun lien de parenté avec Désiré Tanoé comme certaines personnalités veulent le faire croire que le préfet fasse son travail rien que le travail pour lequel il est à Grand-Bassam. Le vieux, feu Alcide Kacou, (paix à son âme) est le fils de mon oncle, donc mon cousin, mais selon la tradition Abouré, il est mon fils c’est pourquoi, en tant que père, c’est moi qui dresse son lit mortuaire. Pour finir, je voudrais demander à tous ceux qui se répandent dans la presse et les médias en disant des contrevérités d’arrêter de tronquer l’histoire. Qu’ils ne déforment pas l’opinion nationale et internationale sur des faits qu’ils ne savent pas. Ces gens peuvent-ils répondre aux préoccupations telles que: ‘’quel est le nom du quartier-village-royaume N’Zima ? Où se trouve donc, son cimetière ? Où fait-on les funérailles des membres de cette  communauté ? Où se trouve sa forêt sacrée ou bois sacré dont on parle lors de l’Abissa ?’’

Je prie de tous mes vœux afin que la paix, l’union et l’entente soient à Grand-Bassam.

Interview réalisée par Sériba Koné à la Cour Royal de Grand-Bassam, Moossou

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