Accueil A LA UNE Voici comment nos ‘’sœurs ivoiriennes’’ se débrouillent au Maroc

[Reportage] Voici comment nos ‘’sœurs ivoiriennes’’ se débrouillent au Maroc

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Notre reporter, Fernand Dedeh dans l'un des salons des dames ivoiriennes

J’ai voulu voir, entendre, écouter, toucher, sentir voire comprendre ce que font certains de nos compatriotes et de quoi, ils vivent au pays du roi Mohamed VI, le Maroc.

Direction, La Médina, vaste marché africain. Là, le visiteur y trouve tout. Espace grouillant où toutes les nationalités se côtoient. Les sénégalais semblent être les plus nombreux au mètre carré. Le marché est d’ailleurs connu sous le nom de Marché sénégalais.

Des Ivoiriens aussi se frayent un chemin dans la restauration, le cosmétique, l’esthétique etc.

Celle qui attire notre attention s’appelle Victoire Klarou. Elle est orpheline de mère. Son père, introuvable, est en vie. Elle sait seulement qu’il s’appelle Konan Koffi Charles et qu’il est de Didievi (centre de la Côte d’Ivoire).

Depuis le Maroc, ces dames se battent pour se faire une place au soleil

Cela fait plus d’un an, qu’elle vit à Casablanca. Sans soutiens au pays, la vie était difficile. L’idée lui est venue de venir « se chercher. » Elle fait détour par le Ghana. Puis destination, Casa.

Sa grande sœur lui a facilité le voyage en lui promettant du travail et une possibilité d’aller en Europe. Une belle promesse pour être vraie. À son arrivée, trop de complications ensuite et elle fuit la maison. Les difficultés commencent pour elle, mais Victoire Klarou ne baisse pas les bras. « J’ai pris une maison avec une compatriote. Elle est partie quand elle a trouvé un partenaire. J’ai dû me faire une autre copine avec laquelle je partage l’appartement. »

La jeune ivoirienne trouve un boulot dans une usine de recyclage avec « un salaire de misère, 1500 dirhams, soit 150 euros, environ, 98.000 FCFA. »

Seulement, au Maroc, les maisons sont chères, « le loyer fait 800 dirhams, soit 80 euros, plus de 46000 FCFA ». « Je ne m’en sortais pas. J’ai tenté des tresses à domicile. Et là encore, ça ne marchait pas très fort : les ivoiriennes, les marocaines. Du tout. Des tresses à 150 dirhams ou 70 dirhams, pour le tissage. »

Une autre Ivoirienne, Audrey, ouvre un salon dans le marché sénégalais. Audrey est titulaire d’un Master 2 en développement durable. Elle a travaillé dans une structure environnementale au Maroc, mais le salaire ne lui convenait pas. Elle a préféré s’installer à son propre compte. Elle a investi toutes ses économies pour ouvrir son salon.

Audrey emploie sa compatriote. Elle travaille dans un magasin de 2 mètres carrés. Elles s’approvisionnent à Abidjan en produits divers: Mèches de toutes sortes et de toutes gammes, pommade. Tresses, tissage, soins de visage, pédicure, manucure…

Les mèches achetées au pays sont proposées à 100 dirhams au Maroc, soit 6000 FCFA l’unité. « La responsable me paie le transport, la nourriture et en nature 1500 dirhams. Je dois payer la maison à 800 dirhams. Ce n’est pas suffisant mais je me débrouille.

Transport : 420 dirhams soit 25200 FCFA par mois. Impossible de faire de l’économie ».

La responsable elle-même a des charges incompressibles. Le loyer mensuel du réduit de magasin est de 4000 dirhams soit 400 euros. Les clients sont pour la plupart des ouest-africains. Mais les marocaines apprécient bien les tissages.

La plupart des Ivoiriennes au Maroc sont dans le ménage. Certaines ont choisi la voie facile: la prostitution.

« Je n’ai pas choisi la voie facile parce que depuis le pays, J’ai connu Jésus. Et j’avais un objectif en venant ici: dans mon idée, c’était de faire de l’économie et au bout de quelques années, retourner au pays et m’y installer, faire mes propres affaires. »

Comme beaucoup de jeunes, candidats à l’aventure, la jeune dame a été nourrie au sein des illusions. « La personne qui m’a fait venir m’a fait miroiter l’eldorado. La réalité est autre. »

Victoire Klarou, 23 ans, s’est faite une raison aujourd’hui: travailler dur, faire ses économies, pour retourner au pays. Et surtout, cette orpheline de mère veut aujourd’hui retrouver avant tout, son père…

Fernand Dédeh Tagro, envoyé spécial au Maroc

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